jeudi 3 août 2017
dimanche 30 août 2015
Luxy in the sky with diamonds
Je racontais mes débuts, voilà déjà
la fin. Une dernière soirée, bien calme sous les projecteurs fatigués, FIP en
fond, celui-là passe dans la rue et m’envoie tranquillement un baiser, je me
rappelle…
… la première réunion d'équipe, timide...
… la panique, être certaine de
ne jamais retenir les consignes, pas capable de gérer seule la caisse...
… la rage de constater encore l'erreur, compter encore, appeler un ami, avoir un peu honte, réaffectation du mode de paiement, j'ai oublié les contremarques...
…. la fierté d'avoir mis en page une jolie fiche de renseignements...
…. la fierté d'avoir mis en page une jolie fiche de renseignements...
… le code du coffre fort que je
déteste faire, trois fois à gauche, deux fois à droite, une fois à gauche et
clic…
… les cartes de fidélité, écrire
petit, tout petit, pour que tout tienne dessus, mon écriture sous leurs yeux
pendant un an, applique-toi…
... déplier, annoter, trier, ranger les 3500 affiches géantes, rédiger, parfois sans avoir vu les films, les textes du programme qui seront refaits de toutes façons, trop courts, trop longs, faudrait pas en parler comme ça. Tenter de réunir les infos sur l'accessibilité du cinéma mais n'y arriver jamais, le noter dans le dossier. Râler du mac qui va mal parce qu'il n'est pas PC, créer les affiches des soirées spéciales, qui seront vues ! dire bonjour, 5euros s'il vous plaît, non la salle n'est pas climatisée, oui vous pouvez entrer, non ce n'est pas un cabinet d'avocats ici, non je ne crois pas qu'on passera Terminator...
... déplier, annoter, trier, ranger les 3500 affiches géantes, rédiger, parfois sans avoir vu les films, les textes du programme qui seront refaits de toutes façons, trop courts, trop longs, faudrait pas en parler comme ça. Tenter de réunir les infos sur l'accessibilité du cinéma mais n'y arriver jamais, le noter dans le dossier. Râler du mac qui va mal parce qu'il n'est pas PC, créer les affiches des soirées spéciales, qui seront vues ! dire bonjour, 5euros s'il vous plaît, non la salle n'est pas climatisée, oui vous pouvez entrer, non ce n'est pas un cabinet d'avocats ici, non je ne crois pas qu'on passera Terminator...
… les gâteaux, les glaces, les bières,
de l’entr’actes animé, portes fermées, légèreté, entre 17h et 17h30…
… les fâcheries, les bouderies,
les potins, les histoires d’ici, comme partout ailleurs, leur microcosme, une
équipe touchante, fatigante, envahissante, unique, dynamique, motivante… bavarde,
dictatoriale, lunatique, égoïste, altruiste, douce, piquante, une main qui a
poussé mon dos, m’ont fait confiance…
… les mots sur mon vélo, les
mails rigolos, les blagues à deux balles pas toujours marrantes et ma susceptibilité…
… elle qui arrive en retard,
toujours, sa gibecière au dos, et prend le temps de demander si ça va, dans les
yeux, comme ça, parce que c’est important, qui m’apporte un litre de jus
d’orange, une fois, parce que je suis gentille, et me donne son numéro ce
soir, pour garder contact. Ici on a jamais assez de temps…
… lui qui passe devant tout le
monde, sans gêne, la bave aux lèvres, la chemise tachée, son bout de papier qui tombe, écrit du
titre et de l’heure du film mais demande toujours je viens voir quoi
déjà ? c’est commencé ? c’est dans quelle salle ? et c’est quoi,
le film ? ah, c’est en bas ?...
… les projections, seule dans la
cabine ronronnante, capitaine du bateau, les regarder s'installer par la lucarne et cliquer sur la petite flèche, comme
pousser sur scène les mouvants du film et tout s’anime…
… ces portes vitrées, trop lourdes
pour les personnes âgées, d’où je vois les affiches à l’envers, d’où je vois
la pluie tomber, le soleil peser, les vies défiler…
... le hérisson du retour chez moi, toujours au même endroit. C'est Pougne, il me fait du bien.
... le hérisson du retour chez moi, toujours au même endroit. C'est Pougne, il me fait du bien.
... et les chaudoudoux de fin de
contrat, les mots gentils des uns, le chocolat de l’autre, les numéros de
téléphone, le bouquet de roses, les petits cadeaux, les petits gâteaux, les câlins, les encouragements, la gorge serrée, la gorge serrée, les larmes au
bout des cils… et voilà. C’est fini. Je referme la porte et je m’en vais deci,
délà. Sans Ernest qui est mort.
dimanche 8 mars 2015
Fiat Luxy
Et
bien voilà, ça y est. C’est comme si sa naissance à elle, celle de ma
petite framboise, mon petit poireau, la naissance de ma nièce, de ma
filleule, de la petite Tessa au body rayé saucisson et aux grands yeux
quand elle veut bien les avoir ouverts, c’est comme si sa naissance à
elle avait provoqué celle de ma nouvelle vie. Une fée avec un cœur à
lunettes plus gros que sa propre poitrine s’est penchée sur mon berceau cabossé, ces jours-là, et m’a tendrement reposée dans mon cocon ivryen, inondé
de lumière et de verdure, m’a collée un colocataire bouillant de vie et
offert un travail tout doux, tout chaud, dans un endroit que j'aimais
déjà avec des gens que j'aimais déjà.
J’étais enseignante spécialisée, je suis agent d'accueil au cinéma.
J’étais enseignante spécialisée, je suis agent d'accueil au cinéma.
Mais… vous étiez...
instit?? et vous voulez être caissière au cinéma ??… vous savez que
c’est mal payé ?... et… que c’est juste un remplacement ?...
Oui Madame, je sais. Je
perds du salaire, de la reconnaissance sociale peut-être, aussi, mais
pas une fraction de seconde je n’hésite. Vous savez pourquoi, Madame ?
Parce qu’avant, chaque soir
je pesais lourd de la boule du lendemain. De la violence, de mon
incompétence. Chaque matin mes membres s’animaient sans énergie, rester
terrée une minute de plus, toujours ça de gagné. Aujourd’hui j’arrive
légère, en avance, je sais que tout ira bien.
Parce qu’avant,
Madame, je passais les journées avec des gens qui n’avaient pas envie
d’être là, les petits, les grands, tous soufferts d'être obligés. De la
tension dans les corps et dans les mots, des cris, du bruit. A
l'intérieur les muscles tirés, la tête compressée. Aujourd’hui
j’accueille des sourires, des blagounettes, de ceux qui sont contents de
s’offrir deux heures de plaisir, de m'en offrir 30 secondes. Des
rapports en douceur, des rapports sans douleur.
Parce que jamais, avant, je
n’avais terminé le travail. Coupable de ne pas faire plus, de ne pas
faire mieux, les soirs, les week end, les vacances, coupable de me
reposer au lieu de trimer, jamais tranquille, toujours
coupable. Coupable, coupable, coupable. Aujourd’hui je fais mon travail,
calmement, je suis certaine de le faire bien, et quand je rentre chez
moi je peux peindre. J'ai le temps dans mon jour et dans ma tête. Parce
que Madame, oui, c’est drôle, je créée mieux quelques semaines.Et puis et puis, faut dire que j’adore ouvrir le rideau de fer, laisser entrer les spectateurs avides de sièges à abaisser ! Le doux souvenir des Disney avec Maman, petites, et ma sœur, si légère que le film ses genoux sous le menton... j'avais oublié mes lunettes, ce jour-là, la petite sirène était bien floue.
J’adore les reconnaître, aussi, les habitués, Vous êtes nouvelle ? J'aimais bien le jeune homme, il était sympa... prendre ma place, nouer des liens. Echanger un mot, partager l'émotion, conseiller, me faire conseiller, râler parce que c'est dans la salle 2, je vous comprends, on n'a pas la place pour les jambes. Derrière la vitre, l'infirmière de l'école. Vous me reconnaissez ? L'instit de la Clis, l'année dernière... ça alors ! On se demandait ce que vous deveniez ! Incroyable, quand je dirai ça au médecin... toujours très difficile, la Clis. Et l'ovni d'ancien élève, là, l'après-midi grands-parents au cinéma, ouverts rond ses yeux de bille et ses joues de bébé, tout halluciné de me voir là et pas ailleurs. Mais vous allez quand même à l'école? De sa voix embuée du nez, Vous savez j'ai craint le film Réalité, de Quentin Dupieux, car la mise en abîme m'a laissé perplexe. Me rappelle sa façon de mimer la mort par flèche dans le cœur, ou ses rythmes corporels tziganes dans la cour de l'école, l'ovni.
J’adore lire sur les films,
fouiller, apprendre, cette stimulation intellectuelle, ce domaine
inconnu. Si si, on peut rédiger sur ce qu'on n'a pas vu. Cap ?
Préparer la salle de projection et suivre à la lettre la recette du chef de cabine, Roger, le réfugié politique qui m'apporte de la tarte quand on travaille ensemble. Avec de la poudre de speculoos dans la pâte, hummm. Allumer l'extracteur, le Dorémi, façole, les dolby digital surrounded 5PM, le TMS, et charger les DCP, vérifier l'éclairage de la salle, choisir le film à projeter, appuyer sur le bouton... les lumières s'effacent et le film commence. Satisfaction.
Attendre qu’ils sortent de la salle, voir leurs mines ensuquées de la parenthèse d’un autre monde, leur demander Alors ?... les voir émerger doucement, reprendre contact avec dehors, ici, maintenant. C'était gé-nial ! Quel film ! L'enthousiasme est contagieux, je le vis avec eux.
Surtout, surtout, dans la fatigue de fin de soirée, je déguste le dernier spectateur. Il passe la porte et me retrouve dans le sombre. Le silence. Tard. Traverser la salle plus obscure, fatiguée de toutes ces vies qu’elle a animées. Respirer profondément. Sérénité. Tu vois Madame, dans ces moments-là je sens que mon travail a participé au plaisir des gens, et tout prend du sens. C’est drôle, ça ne m’était jamais arrivé avant.
D’aucun me demande « Et après ?! », parce que c’est bien joli, ça, de laisser tomber un boulot de fonctionnaire bien payé pour un job précaire à durée déterminée, bon sang faut penser la suite, faut te bouger, faut trouver, tu dois savoir quoi faire de ta vie tu vas quand même pas continuer les petits contrats il faut te stabiliser trouver un emploi bien-payé-parceque-les- voyages-lewwoofing-ça-va-un- moment-mais-ça-mène-à-rien- tout-ça-en-plus-t'es-pas- mariée-mais-qu'est-ce-que-tu- vas- fairemonDieumondieuMONDIEU!...
… et bien après je ne sais pas. Ma chose en mon temps. Je sais que ça t’inquiète, je le vois bien, et tu le dis. Ce serait mieux que j’aie une jolie maison et un joli mari, avec de jolis enfants qui courent dans le joli jardin après un joli chien que j'appellerais Bidule parce que ça me fait rigoler d'appeler mon chien Bidule, même si j'aime pas trop les chiens et qu'il y a peu de chances pour que j'en aie un un jour, sauf si je vis avec quelqu'un qui les aime tellement que j'accepte finalement d'en avoir un mais alors j'imposerais Bidule comme nom, mais ça n'est pas la question, si ?... tu serais rassuré, si j'avais tout ça. Pas moi, tu sais ? Ce sont tes envies à toi, tes angoisses à toi. Parce que moi, ça ne me dit pas de ne faire qu'une chose de ma vie. Sur mon lit de mort, je voudrais me réjouir d'avoir expérimenté mille choses, d'avoir su mettre de côté ce qui me rendait malheureuse, et d'avoir construit un bonheur, le mien, juste le mien, avec mes éléments.
Un grand poète m'ôte les mots de la bouche quand il écrit :
Préparer la salle de projection et suivre à la lettre la recette du chef de cabine, Roger, le réfugié politique qui m'apporte de la tarte quand on travaille ensemble. Avec de la poudre de speculoos dans la pâte, hummm. Allumer l'extracteur, le Dorémi, façole, les dolby digital surrounded 5PM, le TMS, et charger les DCP, vérifier l'éclairage de la salle, choisir le film à projeter, appuyer sur le bouton... les lumières s'effacent et le film commence. Satisfaction.
Attendre qu’ils sortent de la salle, voir leurs mines ensuquées de la parenthèse d’un autre monde, leur demander Alors ?... les voir émerger doucement, reprendre contact avec dehors, ici, maintenant. C'était gé-nial ! Quel film ! L'enthousiasme est contagieux, je le vis avec eux.
Surtout, surtout, dans la fatigue de fin de soirée, je déguste le dernier spectateur. Il passe la porte et me retrouve dans le sombre. Le silence. Tard. Traverser la salle plus obscure, fatiguée de toutes ces vies qu’elle a animées. Respirer profondément. Sérénité. Tu vois Madame, dans ces moments-là je sens que mon travail a participé au plaisir des gens, et tout prend du sens. C’est drôle, ça ne m’était jamais arrivé avant.
D’aucun me demande « Et après ?! », parce que c’est bien joli, ça, de laisser tomber un boulot de fonctionnaire bien payé pour un job précaire à durée déterminée, bon sang faut penser la suite, faut te bouger, faut trouver, tu dois savoir quoi faire de ta vie tu vas quand même pas continuer les petits contrats il faut te stabiliser trouver un emploi bien-payé-parceque-les-
… et bien après je ne sais pas. Ma chose en mon temps. Je sais que ça t’inquiète, je le vois bien, et tu le dis. Ce serait mieux que j’aie une jolie maison et un joli mari, avec de jolis enfants qui courent dans le joli jardin après un joli chien que j'appellerais Bidule parce que ça me fait rigoler d'appeler mon chien Bidule, même si j'aime pas trop les chiens et qu'il y a peu de chances pour que j'en aie un un jour, sauf si je vis avec quelqu'un qui les aime tellement que j'accepte finalement d'en avoir un mais alors j'imposerais Bidule comme nom, mais ça n'est pas la question, si ?... tu serais rassuré, si j'avais tout ça. Pas moi, tu sais ? Ce sont tes envies à toi, tes angoisses à toi. Parce que moi, ça ne me dit pas de ne faire qu'une chose de ma vie. Sur mon lit de mort, je voudrais me réjouir d'avoir expérimenté mille choses, d'avoir su mettre de côté ce qui me rendait malheureuse, et d'avoir construit un bonheur, le mien, juste le mien, avec mes éléments.
Un grand poète m'ôte les mots de la bouche quand il écrit :
« J'ai quitté l'école !
Si seulement tu savais tout le mal que je garde !
[...]
Si seulement tu savais tout le mal que je garde !
[...]
J'ai pété les plombs, sans abandonner ni baisser les bras
Plus d'nouvelles, batterie faible, malédiction
Dorénavant, je vais de l'avant, c'est ma direction»
Je vais dans ma direction, elle peut te sembler bizarre à toi, mais s'il te plaît, allège-moi de ton inquiétude. Juste donne-moi la main, fais-moi des câlins, aie confiance et promis, j'avancerai mieux encore. Sur mon chemin à moi. Accompagnée de toi.
vendredi 23 janvier 2015
Pomme pomme pomme pomme.
| Elle monte sur sa copine pour manger, et elle se croit maline. |
J’occupe une place de choix,
seule dans une chambre 3 lits, salle de bains et toilettes privatifs, du
contraste avec le vieux canapé-lit partagé en Slovénie ! Rose, d’ailleurs,
qui m’a écrit pour me raconter sa suite, après moi son déluge… les autres ont
osé lui dire qu’elle faisait trop de bruit en mangeant, que ça les dérangeait,
mais avec la musique ça devrait aller. J’ai eu de la peine pour elle, peuchère.
Ici, les repas pantagrueliques
tout en bio des fermes du coin, concoctés par un sacré cuisinier. Enfin je dis
sacré, je le dis pas trop fort parce qu’il hurlerait de son accent marseillais
que bonne mère, si tu veux trouver plus athée que moi tu peux chercher
longtemps, franchement, t’y crois toi, ty’as encore des fadas qui pensent que
la vierge a fait un petit avé le bon Dieu. Bernard, c’est l’ours râleur qui
aime manger et jouer aux cartes. Il s’énerve parce qu’à la télé, ils ont fait
parler un spécialiste du terrorisme, il avait la tête d’un terroriste. Ils se
foutent de nous, ils s’infiltrent partout les arabes, après ils tuent tout le
monde et c’est la cagade. Bernard aime bien Jean-Pierre Pernaud. Il aime bien
Guillaume, aussi – c’est son associé, il est blond aux yeux bleus-c'est un sacré numéro mais il est gentil.
Guillaume a 30 ans, grand et
élancé, le visage rond de l’enfant qui se cache sous de faux airs d’adulte.
Guillaume a quitté l’enseignement parisien pour suer entre pommes et brebis.
J’ai travaillé une semaine avec lui en l’absence de Bernard, il m’a fallu
puiser dans mes réserves de patience pour ne pas exploser que, fichtre,
faudrait qu’il arrête de me contredire par principe. Avec lui je fais tout
juste un peu trop, ou pas tout à fait assez. Pas là, plutôt là, et t’aurais du
attendre 2 minutes, non, ça on va plutôt y faire plus tard. Avec Guillaume, on a planté des pommiers.
Plein. Une amie et accessoirement un proverbe marocain me susurrent Pour
atteindre l’immortalité, écris un livre, plante un arbre, élève un enfant. Je
me demande si je peux planter beaucoup beaucoup d’arbres pour compenser les
deux autres, ça vaut le coup d’essayer. En
tous cas Guillaume aime bien Bernard, il le trouve gentil même si c’est un
sacré numéro.
Je wwoof avec Anna l’autrichienne qui parle en tordant la bouche allemand, italien, anglais et français.
Easy. Elle est très discrète et très gentille, elle a faim beaucoup trop de
fois par jour, et on rigole comme des tordues en imaginant son chien en
mère-grand du petit chaperon rouge. Diantre ça fait du bien. Quand Anna ne
comprend pas l’accent marseillais de Bernard, il répète la même chose, aussi
vite, mais en hurlant. Haha.
Nos journées, ici, sont ponctuées
de brebis. C’est fou ce que ça mange, ces bestioles. 2kg par jour, paraît-il ! Entre les
brebis, on fait du jus de fruit. De la pomme au point de vente, on trie, on
broie, on presse, on met en bouteilles, on étiquette, et en cartons.
Passionnant de voir les coulisses d’une production artisanale ! après
avoir étiqueté 3000 bouteilles à la main, je comprends les 3e du
litre.
Mais tout ça, je l’avoue, je le
vis d’un peu loin dans ma tête, je pense et pense et pense au petit nez qui va
bientôt pointer, aux petites mains qui vont bientôt s’agiter ; dans la
dernière ligne droite je surveille le téléphone et j’attends en piétinant, en
rêvassant, de faire enfin la rencontre de ma nièce. Tu vois, Dieu, si
t’existes, au lieu de faire mourir les gens tu devrais faire naître les bébés.
mardi 13 janvier 2015
Trop d'hommages...
J’avais écrit quelques mots pour
Charlie, mais la profusion d’hommages m’étouffe. Je ne veux pas que la réaction
à l’événement ne devienne pour moi plus importante que l’événement lui-même, ce qu'il signifie et ses conséquences. Je
ne publierai donc pas mon petit texte mais je veux juste en poser là
l’essentiel : il m’est intolérable qu’aujourd’hui un homme tue un autre
homme de sang froid, pour quelque raison que ce soit.
Finie 2014.
![]() |
| Ernest et moi vous adressons nos meilleurs voeux ! |
2014 est finie. Agitée à très agitée. Du quotidien dur et dingue
ponctué de chaudoudoux sur la première moitié, un décrochement total sur la
deuxième. De nombreux voyages, des amis, des partages, dans la souffrance ou
dans le rire, des kilomètres en avion, en voiture, et des rencontres.
Il y a eu Dieu, ensuite. Oui oui,
Dieu. Il a la quarantaine tassée, il est petit, bedonnant et il pue des pieds. Il a vachement investi en moi, parce que quand même,
il trouve que je suis une nana maline, et puis je crois que ça lui déplaît pas de se
promener au bras d’une minette de 30 ans. Il m'aimait bien, je lui faisais penser à la pépette de Renaud. La pas vraiment bêcheuse, la pas du tout
affreuse, qu’avait des idées vicieuses sous ses chveux jaunes, même si bon, j'ai pas les chveux jaunes. Mais voilà, je l'ai déçu, il a rien pu faire de moi. Je fais partie de ces filles, tu
vois, j’en demande trop. J'aime bien qu'on réponde à mes messages, j'aime bien qu'on soit à l'heure, j'aime bien qu'on s'occupe de moi. Seulement, lui, il a pas que ça à penser, il doit faire gagner les verts à la mairie
de Montreuil. Parce que Dieu, il est hyper engagé, il a des idées et tout! il bosse pour un maire écolo et défile avec les verts, mais il veut pas d'étiquette, c’est un expert, pas un politique. Un expert en communication. Il en dit jamais trop ni pas assez, il arrive à te faire faire et penser des trucs en te faisant croire que c’est ton idée. Moi je suis nulle à ça,
d’ailleurs il me l’a dit : toi ton problème dans tes relations c’est que
tu fais des erreurs de com. Il a raison, la spontanéité, ça craint, après tu fais des erreurs. C'est parce que lui il sait faire qu'il passe à la télé, Dieu, mais ouais, non, franchement, ça me fait rien. Il
dit qu’il s’en fout d’être connu, il est hyper simple, tu vois. C'est pour ça qu'il murmure qu’il doit
rappeler Camille, parce que ça
fait longtemps qu’il l’a pas eue au téléphone, il aurait pu se pavaner Ouais moi je connais Camille mais non non non, il en fait jamais trop, l'humilité l'habite! Par exemple il s'est pas étalé sur le fait qu'il a foutu un mec baraqué par terre qui l'avait provoqué, il m’a pas non plus raconté en détails son pot au café de
Flore avec Stéphane R0zès. J'ai fait la gueule à cause de son heure et demie de retard sans prévenir, et bien il me l'a même pas reproché. Il a juste eu l’élégance de me payer le resto pour que j'aille mieux. Dieu, c'est l'homme le plus classe du monde.
Bon, en vérité aujourd’hui Lui et moi on est brouillés parce que j'ai été méchante, et je le confesse, j'ai eu des pensées blasphématoires. J'ai pensé qu'il avait un ego boursouflé. C'est la faute aux démons! Sur mon épaule! Dans mon oreille ! Ils résonnaient dans ma tête ! Ne crois plus en Lui ! Ne crois plus en Lui!... je suis faible, je leur ai cédé.
J'ai pu oublier Dieu et ma crise de foi là où il n'était certainement pas au printemps 94, et j'ai croisé la route de Léo. Vu de loin il est discret, avec sa casquette délavée et sa chemise à carreaux, mais il cache bien son jeu, le drôle. Certains l’appellent Léo, c’est un diminutif, d’autres Maratanga, parce qu’au Rwanda on appelle souvent les gens par leur nom de famille, mais moi je l’appelle Léo. Il n’est pas très
grand, il a la jeunesse éternelle du mec
optimiste et le regard perçant de celui qui dit rien mais qu’en pense pas moins. Il
court de partout, téléphone tout le temps, et ce qui le fait beaucoup rire, c'est les cons en vélo qui pédalent dans les descentes, allez, prends-le en photo! Léo est un bon vivant. Il adore les arachides préparées par sa femme. Isabelle, elle fait bien les arachides. Il
met du citron sur tous les plats et trouve que le rhum, c’est pas mauvais
alors il en boit 3 verres malgré son diabète. Léo est têtu comme un âne et quand il a décidé un truc, vazy pour le faire changer d'avis. Par exemple, il pleut pas quand c'est pas la saison des pluies. Mais regarde, Léo, il pleut, là, non ? mais non, c'est pas la saison. C'est pas la vraie pluie. C'est pas la saison.
Léo a vécu la guerre, comme les autres il a du partir, avec ses enfants, sur les routes poussiéreuses des mille collines, fuyant la mort. Il s’engage depuis, discrètement, dans la lente reconstruction du pays, en embauchant des jeunes pour tout et pour rien, en leur donnant un cadre qui les motive et les pousse au-delà de leurs limites. Il s’inquiète de tout le monde et s’occupe de chacun. Beaucoup. Sans lui, la ville sera différente. Léo s’inquiète beaucoup pour mon frère et l'appelle à 2h du matin pour savoir s'il est rentré du match. Qui était à 17h. Il faut manger, Maxime, t’es tout maigre, là ! il faut manger des brochettes. Comme ce soir-là, dans l’une des maisons que tu as construites et que tu louais à ces fous d’étudiants belges, la soirée pleine de rires, de musique et de chèvre en cubes ! Tu portais ta belle veste en soie, celle que tu as achetée au marché avec ton ami d’ici de là-bas, qui vous rendait tellement fiers. Ce soir-là, aussi, tu nous as expliqué que quand on a bu, il vaut mieux rentrer en voiture, c’est plus sûr. On a bien rigolé.
rappeler Camille, parce que ça
fait longtemps qu’il l’a pas eue au téléphone, il aurait pu se pavaner Ouais moi je connais Camille mais non non non, il en fait jamais trop, l'humilité l'habite! Par exemple il s'est pas étalé sur le fait qu'il a foutu un mec baraqué par terre qui l'avait provoqué, il m’a pas non plus raconté en détails son pot au café de
Flore avec Stéphane R0zès. J'ai fait la gueule à cause de son heure et demie de retard sans prévenir, et bien il me l'a même pas reproché. Il a juste eu l’élégance de me payer le resto pour que j'aille mieux. Dieu, c'est l'homme le plus classe du monde.Bon, en vérité aujourd’hui Lui et moi on est brouillés parce que j'ai été méchante, et je le confesse, j'ai eu des pensées blasphématoires. J'ai pensé qu'il avait un ego boursouflé. C'est la faute aux démons! Sur mon épaule! Dans mon oreille ! Ils résonnaient dans ma tête ! Ne crois plus en Lui ! Ne crois plus en Lui!... je suis faible, je leur ai cédé.
J'ai pu oublier Dieu et ma crise de foi là où il n'était certainement pas au printemps 94, et j'ai croisé la route de Léo. Vu de loin il est discret, avec sa casquette délavée et sa chemise à carreaux, mais il cache bien son jeu, le drôle. Certains l’appellent Léo, c’est un diminutif, d’autres Maratanga, parce qu’au Rwanda on appelle souvent les gens par leur nom de famille, mais moi je l’appelle Léo. Il n’est pas très
| Regarde, il pédale en descente ! |
Léo a vécu la guerre, comme les autres il a du partir, avec ses enfants, sur les routes poussiéreuses des mille collines, fuyant la mort. Il s’engage depuis, discrètement, dans la lente reconstruction du pays, en embauchant des jeunes pour tout et pour rien, en leur donnant un cadre qui les motive et les pousse au-delà de leurs limites. Il s’inquiète de tout le monde et s’occupe de chacun. Beaucoup. Sans lui, la ville sera différente. Léo s’inquiète beaucoup pour mon frère et l'appelle à 2h du matin pour savoir s'il est rentré du match. Qui était à 17h. Il faut manger, Maxime, t’es tout maigre, là ! il faut manger des brochettes. Comme ce soir-là, dans l’une des maisons que tu as construites et que tu louais à ces fous d’étudiants belges, la soirée pleine de rires, de musique et de chèvre en cubes ! Tu portais ta belle veste en soie, celle que tu as achetée au marché avec ton ami d’ici de là-bas, qui vous rendait tellement fiers. Ce soir-là, aussi, tu nous as expliqué que quand on a bu, il vaut mieux rentrer en voiture, c’est plus sûr. On a bien rigolé.
Le matin du 8 janvier, préoccupée
encore par le carnage de Charlie, le petit dans un coin de mon coeur et Dieu aux oubliettes, j’apprends que Léo s’est éteint pendant la
nuit, doucement, dans son sommeil. Sans prévenir. Mes pensées volent vers le
Rwanda, si loin, vers sa femme, vers ses enfants, vers ses amis. Et maintenant, le silence.
mardi 6 janvier 2015
Roule, ma poule
D’accord, je vous ai fait le coup de la panne. Un trou noir dans l’espace de mon inspiration, depuis mon retour de Slovénie. La légende dit qu’enfant, j’étais dévastée au moindre bouleversement de mon quotidien, comme le changement de voiture ou la retapisserie de la cuisine. Si jamais la légende était vraie (mais personne n’a de preuve), imaginez donc ce que produirait l’abandon d’un endroit auquel je me suis habituée, les au-revoir des gens auxquels je me suis attachée - à chaque départ un arrachement ! Heureusement qu’il n’en est rien. A chaque départ une nouvelle vie ?
Je vous ai fait le coup de la panne, d’accord. Mais ce ne fut pas panne perdue : passé le mois à faire des sauts chez les gens que j’aime, encore mille ou peut-être deux mille kilomètres à tisser le fil invisible qui relie la Bresse, le lyonnais, la Provence, le pays de Gex, la capitale, reçue toujours comme une reine!... trimballant dans mon aéroplane blindé un gros lot de covoitureurs de provenances géographiques et sociales hétérogènes; ces rencontres ne se font que dans la carlingue des voitures, on the road again...
De nuit, un voyage mémorable avec deux hommes – tu n’as pas peur ? jamais peur des hommes, moi. Toujours peur des hommes, moi. Le premier : Damien, 24 ans, l’allure sportive du mec qui s’entretient, moniteur d’auto-école, rejoint sa copine. Avec moi on s’ennuie jamais, je fais toujours l’animation dans la voiture, d'habitude c'est moi qui conduis. Il a parlé, parlé fort, parlé très fort, raconté, raconté ses quelques mois à l’armée et comme il kiffait trop sa race d’être réveillé à 2h du matin pour aller se vautrer dans la boue avec un sac de 50kg sur le dos, la discipline j'en ai besoin, comme il a fait le tour de Lyon sur sa moto, déguisé en Père-Noël pour impressionner les enfants et faire rire les grands-mères, parce que lui, c’est un fou qui dévore la vie, on sait pas de quoi demain sera fait, faut profiter, d’ailleurs faut te trouver un mec, j’ai un pote il est trop cool, il a un chat!
Le second : Rachid, 45 ans, petit et trapu, algérien, habile maître des bonnes manières. Tu fais quoi comme métier ? animateur, mais je fais des affaires, aussi. Ouais, des affaires dans l’informatique, la télé, je deal avec l’Amérique, ça rapporte plus, attends j’ai un coup de fil d’un client. 22h un samedi soir. Rachid allait dans la famille de sa femme mais sûr ils auront fini le repas quand on va arriver, c’est des gameleurs, eux ! en plus c’est pas des marrants chez eux, sa femme, elle est pas marrante non plus, elle veut jamais qu’il parle aux gens, elle dit Ouais, pourquoi tu lui causes à lui, alors que tu le connais même pas ! sa femme elle a 25 ans mais elle est déjà vieille. Alors que lui c’est un gosse, j’te jure j’suis un gosse ! moi j’me marre, j’profite de la vie ! d’ailleurs j’ai acheté une BM et j’achète des jouets à mon fils, en vrai c’est pour moi, comme le robot téléguidé à 400e. Ta voiture, là, elle a quel âge déjà ?...
Entre Damien et Rachid, collision de deux mondes diamétralement opposés : d'un côté tout est propre et perpendiculaire, de l'autre on revend les trucs tombés du camion – j’te jure le nouvel ipad G300 running air 7 je te l’ai à 300e si tu me laisses le temps de passer quelques coups de fil. Assister à ce type de rencontre surréaliste porte un haut intérêt tant sociologique qu’anthropologique, observer ce que provoque la proximité physique, la façon dont les gens se dévoilent, ceux qui ne disent rien d’eux, ceux qui se livrent d’un bloc parce qu’on s’en fout, on se reverra jamais, imaginer aussi ce que contiennent les silences… et rire, rire tellement quand Damien ouvre la brèche des blagues salaces en me voyant croquer dans une carotte alors que Rachid, gêné, plonge le nez dans le GPS en demandant c'est quand qu'on arrive, oulala qu'il est long ce voyage. Avouera-t-il à la fin du voyage: moi parler de ce genre de choses, ça m’excite en deux secondes...
Un autre voyage, particulier, avec une douce étudiante en arts et un éphèbe congolais, pasteur. L’idée d’un bel échange a priori ! Que nenni. L’éphèbe m’a vite fait passer l’envie de jeter des coups d’œil discrets dans le rétro quand il a ouvert la bouche, et la discrète s’est lentement tue. Deux heures de souffrances pour nous et force gesticulations pour lui, à tenter de nous convaincre que Dieu est partout, tu vois les atomes, toi ? non ? pourtant tu sais qu’ils sont là, c’est preuve que Dieu existe même si on ne le voit pas ! Dieu c’est une force, un courant, tu vois l’attraction terrestre toi ? non ? pourtant elle existe alors preuve que Dieu existe ! On doit dire MERCI ! MERCI ! d’être nés dans l’ère de l’Iphone 6, où nous maîtrisons si bien les outils scientifiques ! On doit dire MERCI ! MERCI ! de vivre sur une si belle Terre qu’Il a façonnée pour nous, parce que qui peut expliquer que la Terre soit si belle, einh ? tu penses que c’est le hasard que le ciel soit si bleu, que les herbes soient si vertes ?...
… le discours pastoral n’est pas transcriptible, au final. Un gloubiboulga incohérent qui mélangeait tout et n’importe quoi, faisant fi de la science et même de la logique. Un discours éthéré et hypnotisant, peut-être cocon sécurisant pour les âmes en détresse. Un discours halluciné, avec une particulière compétence à noyer le poisson quand une question le dérange. C’est exactement là que je voulais en venir, je te remercie de poser la question, j’allais en parler ! j’ai tout de suite vu que tu étais une fille intelligente, tu as l’œil pétillant, d’ailleurs tu souriais quand je suis arrivé alors que j’avais 30minutes de retard, tu es quelqu’un de bon, ça se voit. Le pasteur est bas.
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| Elle ira loin, très loin. |
Le blabla fait partie intégrante de la richesse de mon année sabbatique, une cinquantaine de personnes dans l’espace très réduit de mon destrier, depuis septembre et 10000km. Une relation étroite et éphémère, une par une, unique et particulière, que chacun prend comme telle et qui donne à ces quelques heures de parenthèses une couleur à chaque fois différente. Et parfois, rarement, avec délice, on tombe sur la relation qu’on a envie de prolonger et d’entretenir, avec une ancienne punk à chien qui milite pour le libertinage ou une profonde adepte du végétarisme, riche de mille expériences et d'une humanité rare. Mais que la relation perdure ou non, finalement, l’important est dans l’étincelle et le plaisir du moment roulant. Paraît-il: l'important n'est pas le bout du chemin mais le chemin lui-même.
lundi 24 novembre 2014
Slovénie vidi vici
Bientôt quatre semaines que je suis à l’auberge espagnole slovène, dans ma bulle.
Le rythme y est quelque peu particulier. Les jours sans pluie, les durs, les hommes, quoi, se lèvent vers 7h et filent bosser dehors pendant que les flemmards (comme moi) prennent leur temps et préparent un brunch qui tue. Appelle les autres vers 10 ou 11h, qui viennent se sustenter. Un joli moment du matin, qui débute quasi systématiquement par un verre de schnaps. Le schnaps prend une place assez importante ici. Un peu dur au réveil, mais efficace ! Pensée annexe : j’ai découvert être la seule dont les oreilles font mal quand elle boit du schnaps. Les autres ont l’estomac brûlé, moi c’est les oreilles. C’est légèrement inquiétant quant à mes circuits internes.
Après le gros petit déjeuner, chacun file à sa tâche. Depuis mon arrivée, les hommes construisent une grande cabane pour loger convenablement la faune qu’ils entretiennent. Bouba la cochonne,
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| Bouba la grosse cochonne |
ramassée dans la rue par Lena en plein Ljubljana. Grise et poilue, déambule à sa guise et fouille le compost en grognant. Elle est très drôle. Une dizaine de lapins lapines, des poules, des canards, des paons paons, deux oies qui me suivent en permanence en essayant de m’impressionner de leurs cous tendus, becs en l’air, mais qui s’enfuient dès que je m’approche. Couardes. Et un pigeon voyageur qui a posé ses valises et dont la tête ne me revient pas ; on ne s’aime pas beaucoup, lui et moi. Il m’attaque quand j’entre dans son périmètre, et je l’insulte bassement, ce dont, de toute évidence, il n’a cure.
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| La cabane de l'Amour |
Les hommes sont à la cabane, donc, concentrés entre deux bières jusqu’à la tombée de la nuit. Les femmes, Rose et moi, à la cuisine, comme au bon vieux temps. Mais la cuisine, ici, se fait lentement, et tendrement. On teste des trucs, on épice, on herbe, on cuit, on frit. Et on fait des desserts. Chaque jour un nouveau. Un gâteau bananes/chocolat, des galettes des rois aux amandes ou aux noisettes, des pommes fourrées de purée de noix, une tarte au chocolat, un muffin géant bananes/chocolat, un strudel, des croissants, une tarte tatin, un gâteau au gingembre, et j’en passe.
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| "Si on oublie que ça devrait avoir le goût des croissants, c'est très bon!" |
L’enthousiasme est général, toujours, et encourageant. Le seul hic c’est qu’ils veulent manger tous les jours, c'est fou ça. Avoir encore et toujours de l’inspiration, avec peu de matière première et encore moins de variété, je comprends maintenant ma mère soupirant le soir, mais qu’est-ce qu’on va manger ?... trois semaines et demi que je prépare à manger pour 5 à 10 personnes, j’en peux plus, les gars, faites-moi des pâtes au beurre et des pizzas surgelées.
Outre la cuisine, si on veut, et si on a le temps, mais on a plein de temps, on désherbe, on plante de l’ail, on casse des noix, on vernit des planches, on va faire les courses, on nourrit les animaux, on va se balader dans la forêt. Et on s’occupe du compost tous les deux jours ! Retourner les deux tas qui ornent le chemin et s’émerveiller de les sentir plus chauds à chaque fois. Aujourd’hui, on y a mis des pommes de terre à l’abri dans du papier alu, pour voir si elles cuisent. Haha.
Et quand 18h arrive, avec la nuit bien tombée, on déjeune. Autour de la table, le feu crépitant dans la cuisinière comme-chez-ma-mémé. On mange, on rigole, on écoute de la musique et on se rend compte que la dance des années 90 était la même ici que chez nous, et puis on joue parfois.
IL y a aussi les soirées où Urban a une chouette idée.
Le 1er novembre, par exemple, il a proposé très sérieusement d’aller se promener au cimetière. Fossé culturel. Le 1er novembre, les slovènes illuminent les tombes de bougies, et les gens vont se promener au cimetière en famille. C‘est étonnant, et assez surréaliste. Ce champ de bougies sur les stèles, ce silence envahissant de respect, dans la nuit.
Un autre soir, il a décidé que c’était le bon pour aller acheter des tuiles pour le toit de la cabane. On s’est enfournés à 4, à 20h, dans l’automobile, pour joindre à 40km de là, dans la pluie, le brouillard et la nuit noire, Slovenia by night, des tuiles entassées contre une grange inaccessible. En empiler 250 sur le char d’un tracteur, dans la boue, glissante, avant de les recharger dans la remorque de la voiture, couronner le tout d’un verre de vin maison à avaler cul sec (ça rigole pas) et rentrer à 30 à l’heure parce que la voiture a du mal à tirer tout ça, décharger dans le noir. Dormir.
Je ne précise pas que les tuiles, on ne les a évidemment pas déchargées à côté de la cabane parce que ce n’était pas possible. Il a fallu que je les trimballe le lendemain, de la palette au chantier, 30 marches d’escalier et une trentaine de mètres dans une pente boueuse, 250 tuiles de 1,5 kg chacune. M’est avis que c’est une punition à la Prométhée, j’ai du déplaire aux Dieux pour qu’ils m’envoient systématiquement dans des endroits où il faut charrier des tuiles.
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| J'ai été frappée par le bon goût slovène en matière de décorations de Noël |
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| Vue de la plus haute tour de Ljubljana sur le château et sa vieille ville |
Le temps passe, le temps passe! différemment, ici. La vie en communauté me ramène une dizaine d’années en arrière, plutôt agréable pour un temps déterminé, surtout avec des bienveillants. Mais, malgré toute cette simplicité et cette douceur de vivre qui se dégage de l’auberge espagnole, malgré la profonde bonté d’Urban, l’énergie de Lena, l’humour décalé d’Igor et le flegme adolescent de Rose, malgré les multiples rencontres et malgré Tchitche le chat aveugle qui ouvre les portes, il est bientôt temps pour moi de reprendre la route. Je vais aller voir ailleurs si j’y suis...
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